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Quand la rébellion devient un levier pour accéder au pouvoir politique pour Thomas Lubanga:Me Mokili appelle à rompre avec l’impunité en Ituri

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Dans une sortie publique au ton ferme, Me Mokili Mungunuti, avocat et figure de la société civile, s’attaque à ce qu’il considère comme l’un des maux structurels de l’Est de la République démocratique du Congo : la transformation répétée de la rébellion armée en levier d’accès au pouvoir politique.

S’exprimant depuis Ngote, l’auteur met directement en cause les anciens chefs rebelles, ituriens comme venus d’autres provinces, qu’il accuse d’avoir alimenté l’insécurité avant de se repositionner sur la scène politique en acteurs autoproclamés de paix.

« On ne peut pas être à la fois pyromane et pompier »

Pour Me Mokili, l’insécurité persistante en Ituri et dans plusieurs zones de l’Est ne relève pas du hasard. Elle est, selon lui, l’héritage direct des choix opérés par des leaders ayant pris les armes au sein de mouvements tels que l’UPC, la CODECO, la CRP, le M23, ZAÏRE ou encore MAPI.

« On ne peut pas créer la guerre, nourrir la violence, puis revenir exiger des comptes à l’État comme si l’on en était étranger », affirme-t-il, dénonçant une posture qu’il juge moralement et politiquement intenable.

Il estime que ces anciens seigneurs de guerre, devenus figures publiques ou candidats à des fonctions politiques, manquent de légitimité lorsqu’ils critiquent l’action du gouvernement central et des autorités provinciales, notamment celle du gouverneur militaire de l’Ituri, le lieutenant-général Johnny Luboya.

Une mémoire collective encore meurtrie

Me Mokili rappelle que les populations ituriennes continuent de porter les stigmates des violences armées : massacres, déplacements forcés, prolifération des armes légères et surtout violences sexuelles à grande échelle.

« Les mamans, les sœurs et les jeunes filles violées n’ont jamais bénéficié d’amnistie », souligne-t-il, insistant sur le fait que la souffrance des civils ne peut être effacée par une simple reconversion politique.

Il met également en garde contre les démarches qu’il qualifie de cycliques : déposer momentanément les armes, participer à des négociations ou consultations à l’étranger, puis réapparaître sur la scène nationale avec des revendications politiques.

Le cas Roger Lumbala, un signal fort

Dans son raisonnement, Me Mokili cite le dossier judiciaire de Roger Lumbala, ancien chef rebelle devenu ministre puis député national, aujourd’hui poursuivi par la justice.

« L’accès aux hautes fonctions n’a jamais effacé les crimes commis contre la République », rappelle-t-il, estimant que ce précédent démontre que l’impunité n’est ni éternelle ni garantie.

Il considère que ce cas devrait servir d’avertissement à d’autres figures emblématiques des conflits armés en Ituri, notamment Thomas Lubanga, souvent évoqué dans les débats sur la responsabilité des anciens chefs de guerre.

Une proposition radicale : fermer définitivement la porte politique aux armes

Allant au-delà du constat, Me Mokili plaide pour une réforme législative majeure. Il appelle l’Assemblée nationale et le Sénat à adopter une loi interdisant formellement l’accès aux fonctions électives et politico-administratives à toute personne ayant pris part à un mouvement insurrectionnel armé, quel que soit son rang.

« Tant que la rébellion restera un raccourci vers le pouvoir, la paix restera fragile », avertit-il.

Selon lui, cette mesure permettrait de briser un cycle dangereux où la violence devient une stratégie politique rentable.

« L’histoire finit toujours par demander des comptes »

« Chaque choix porte ses conséquences, et nul ne peut échapper indéfiniment au jugement de l’histoire, de la justice ou de Dieu », conclut-il.

Il exhorte enfin les groupes armés encore actifs en Ituri à abandonner définitivement les armes et à renoncer à la violence, soulignant que la paix durable ne peut se construire ni sur l’oubli ni sur le marchandage du sang des populations civiles.

Nicolas Kayembe

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